10 juin 2005

La Place, d'Annie Ernaux

Je referme La Place (1983) d'Annie Ernaux et m''étonne de la distance qui nous en sépare. Ce livre me paraît bien plus contemporain de Bonjour tristesse que de Révolutions.
La Place
, biographie concise d'un père, emprunte son style à Flaubert, celui d'Un coeur simple et plus lointainement, celui de L'éducation sentimentale. Mais le rapport d'Annie Ernaux à Flaubert n'est pas neutre, probablement complexe ; elle a grandit à Yvetot, la bourgade de Madame Bovary. On remarque tout de même que le classi
cisme de ce texte s'opère au détriment d'une certaine audace, en regard de l'étonnant travail de Pierre Pachet, Autobiographie de mon père ou de l'entreprise permanente de Patrick Modiano dont le dernier Un pedigree marque un nouveau degré d'achèvement.
Les résonances curieuses de La Place se situent dans cette distinction sans reliefs aujourd'hui, l'opposition vivace d'une bourgeoisie homogène et d'une petite bourgeoisie commerçante bordée d'un prolétariat ouvrier aussi proche que souffrant, aussi proche que nécessaire (ce qui a mis fin à la saveur de cette distinction, c'est bien plus la dissolution de la bourgeoisie dans le règne du médiocre généralisé que l'ascension sisyphienne des petites classes).

Posté par Leonard Dubini à 22:30 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


Commentaires sur La Place, d'Annie Ernaux

Nouveau commentaire