13 juin 2005

Claudel ou le déni de réalité, Cahier VIII (Journal)

Cet après-midi, travaillant beaucoup, m'ennuyant peu, j'optais pour une pause imméritée. J'attrapais le journal de Claudel, tome II, et filais directement là où ça barde : mai 1940 - novembre 1940. Pour Claudel, tout est très clair. Le 9 (ou 5) juillet, il écrit :

Dans l'exposé des motifs, on reconnaît le mal fait par l'éducation sans Dieu. C'est toute l'Université, oeuvre de Napoléon, qu'il faudrait f. par terre. Toute l'idolâtrie classique.

On déterre l'argenterie et mes manuscrits cachés par peur des Boches.

Epouvantable ruine de la France. Qui réparera ce pays une seconde fois ravagé ?

Démolition extérieure et putréfaction intérieure. Les instituteurs.

Claudel, aidé de Saint-Exupéry, veut croire, dès fin juin, que la défaite de l'armée française relève de la couardise des officiers réservistes, principalement des instituteurs (La France pour Claudel est livrée depuis vingt ans au parlementarisme, au suffrage universel, aux francs-maçons, aux juifs et aux instituteurs).

Je pense à l'un de ces officiers réservistes, non pas instituteur mais agrégé de Géographie (pour Claudel, c'est la même chose), Louis Poirier ainsi qu'au roman de son pseudonyme (Julien Gracq), Un balcon en forêt (1958). Et je cherche la moindre trâce de couardise. Evidemment rien. Et pas plus dans ses écrits fragmentaires. Bien au contraire, les quelques paragraphes autobiographiques évoquant la débâcle font part d'un occupant dont la présence relève d'une phantasmagorie plaisante, au pire, d'une bonne blague un peu loufoque.

Posté par Leonard Dubini à 22:52 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


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