30 mai 2005

Le rideau, de Milan Kundera

Après La lenteur, L'identité, L'ignorance, c'est Le rideau qui a reçu un accueil réservé de la part des journalistes littéraires français. Ces réserves brouillent la réception de l'oeuvre de Kundera depuis dix ans déjà. Elles se fondent sur deux aspects, l'un invoqué (et phantasmé) et s'articulant sur l'autre, crypté (et sans conséquence).

Les "réserves" émises portent essentiellement sur la langue employée par Kundera. A partir de La lenteur, il n'écrit plus en tchèque mais directement en français (nous rappelons qu'il vit en France depuis 1973 et qu'il est français depuis 1981). Les journalistes littéraires y ont décelés une perte de qualité, un alourdissement du style, etc... Evidemment, c'est absurde. Le vrai changement réside dans le format des livres de Kundera. Autrefois, il dépassait à coup sûr trois cents pages réparties en sept parties. Aujourd'hui, ces romans comprennent cinquante et un courts chapitres et ne dépassent pas deux cents pages. Le changement est quantitatif. La critique (journalistique) a parié sur la confusion introduite par cette modification.

La lenteur, le roman avec lequel Kundera initia son changement quantitatif, réécrit la nouvelle Point de lendemain de Vivant Denon. Il s'agit d'un roman virtuose, léger, souriant, un roman "où aucun mot ne serait sérieux".

Le rideau, paru il y a quelques semaines, poursuit le travail réflexif de Kundera sur son oeuvre, sur sa conception de son histoire du roman et de la littérature, travail qu'il avait initié avec L'art du roman et Les testaments trahis. Le rideau procède comme les autres livres de Kundera. La simplicité de sa syntaxe, la clarté de sa langue - proche en cela de Diderot - superpose, au fil des approches, des variations de plus en plus aptes à traduire la complexité du monde. Il y a quelque chose d'étourdissant à lire, à suivre Kundera - un sortilège caché dans sa danse effrennée autour de quelques thèmes réccurents.

Kundera n'a jamais écrits de livres médiocres (d'autres s'en chargent). De même Gracq, Le Clézio, Modiano ou Handke. La constance de ces grands écrivains se situe au niveau de l'excellence, excellence impardonnable pour certains journalistes littéraires.


PS : Le Monde Diplomatique offre quelques extraits du dernier livre de Milan Kundera, Le rideau (les articles de Guy Scarpetta méritent aussi que l'on s'y arrête).

Posté par Leonard Dubini à 12:27 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


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