25 mai 2005

DSK, un Cicéron contemporain ?

Hier et avant-hier soir, j'accompagnais Dominique Strauss-Kahn à Grenoble et jusque dans le Finistère nord, à Brest. Il me l'avait proposé en plaisantant ; j'acceptais. Il débutait ainsi la dernière semaine de sa campagne référendaire. Face à des salles partagées, il accomplissait, avec brio, ce que la rhétorique s'assigne en dernier lieu, persuader, convaincre. Et c'est précisément là qu'il se démarque du reste du personnel politique.

DSK (et dans une moindre mesure, François Bayrou) ne recherche pas des publics acquis pour briller. Il n'hésite pas, en pleine fièvre noniste, à tenir meeting dans la circonscription de Laurent Fabius. Mais il a la décence d'enrober chacune de ses apparitions d'une consistance sans équivalent. C'est cette intensité, cette rigueur intellectuelle qui lui a toujours fait prendre le dessus dans les débats publiques ou télévisés. Ceux qui l'ont vu, en 2002, face à Sarkozy, s'en souviennent. La ventilation du maire de Neuilly, à travers tout Paris (réalisant ainsi le programme d'Audiard) devait beaucoup à la puissance de son verbe, parfaitement relayée par l'impression de massivité énergique qu'il inspire. Hervé Gaymard aurait sans doute aucun mal à confirmer cela.
Mais allons plus en avant. La comparaison avec Cicéron ne doit pas être gratuite. Si Strauss-Kahn dispose de l'éloquence du geste et de la parole, qu'en est-il du verbe, de la phrase ?
La clarté de DSK tranche d'avec la confusion d'un Lionel Jospin. Lionel Jospin, pour trouver le mot juste, se modianise, il hésite, fait des petits mouvements de bouche de laquelle, parfois, ne sort aucun son. DSK lui pratique la ligne claire et conserve toute sa substance. Sa ligne claire ne circonscrit pas le vide : DSK n'a pas peur de son intelligence (je dévelloperai sur Jospin un autre jour).
L'emploi des formules destinées à percuter l'auditoire démarque Strauss-Kahn de ses alter ego. Il n'emploie jamais de proverbes tout fait du type "un tient vaut mieux..". Ses formules, sans être obscures ou abracadabrantes, participent de cette ligne claire. Elles s'intercalent sur des citations appropiées et ne constituent pas, bien au contraire, un temps obscur de son argumentation. Ainsi, il était possible de retrouver une allusion à Sartre, au coeur même de ses formules, une profondeur, un arrière-fond que l'on ne trouve qu'exceptionellement ailleurs : "la force continentale" de Raffarin, notion sans contenu, truisme fade, composée à la hâte entre Paris et Bordeaux, est l'exact opposé de ce que propose le discours strauss-kahnien.

Enfin, il faut bien dire ce qui s'est produit durant ces deux dernières soirées. Face à des auditoires initiallement partagés, les ouistes dans la première partie de la salle, les nonistes dans la seconde partie, DSK a convaincu. L'ovation finale qu'il a reçu partait tout aussi bien des premiers rangs que des derniers, ce qui à l'entame de son long discours semblait loin d'être acquis. Il a convaincu et il a séduit, accomplissant son programme rhétorique initial. Alors, je pouvais entendre nombre de sympathisants mais aussi des cadres locaux ou départementaux s'étonner, admiratifs, de l'excellence de sa prestation. Qu'ils ne s'étonnent pas, DSK est sans doute, à l'oral, un des rares Cicéron contemporains.

Posté par Leonard Dubini à 13:40 - - Commentaires [2] - Permalien [#]


Commentaires sur DSK, un Cicéron contemporain ?

    Helas...

    ... qui se souvient encore de Ciceron ?

    En ces temps de colere, le peuple veut un Caton.

    Delenda est Brucsella !

    Posté par Zatoichi, 25 mai 2005 à 15:00 | | Répondre
  • Fougue cicéronienne, hybris césarienne

    Cher Camarade

    De Cicéron vous ne retenez que la faconde.
    Puissiez-vous ne pas donner raison à Hegel, dans son opposition entre Cicéron, la "belle âme", désireuse de sauver la république en péril, et César, l'homme des passions, l'assassin de la démocratie, dont l'intérêt subjectif rejoignait les intérêts objectifs de l'histoire.
    On connaît d'anciens premiers ministres socialistes (au moins un...) qui aimeraient jouer les César (populiste) contre Cicéron-DSK (légaliste).

    Bien à vous.

    Posté par Sébastien, 25 mai 2005 à 19:16 | | Répondre
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